Culture

MRE: Khourassani expose à « Master Lounge Gallery »

Ajouté le vendredi 18 Avril 2008

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L'artiste plasticien Younes Khourassani, lauréat de l’Ecole Supérieure des Beaux Arts de Casablanca, est invité à exposer sa peinture matiériste au « Master Lounge Gallery » ( 59, Chiltern Street, W1U 6NF, London, UK), et ce du 1 au1 8 Mai 2008.

C est à travers la technique mélangée détrempée aux pigments naturels que Khourassani a bien conçu son univers pictural avec doigté et dextérité. Les tons argileux articulent la dimension tellurique de la toile qui se présente comme un disert labyrinthique où l’être est en pleine contemplation et recueillement.
Dans ses œuvres connotatives, ce jeune artiste talentueux intègre des matériaux plus saillants, tels que des pièces de jute, des chutes de cartons, des fibres de bois et des cordes. Sa passion pour ces matériaux non académiques nous fait penser " Art minimaliste" qui a donné les lettres de résistance et de solidité à la matière dans son alchimie et sa rhétorique . Au sein de ses compositions, l'artiste accorde un grand intérêt aux couleurs ternes et met en relief les gribouillages, les clairs obscurs, les vides et les pleins, en meublant le désordre via des ordres formels et chromatiques bien pensés et savamment structurés. Les passionnés de l’art matiériste qualifient ses œuvres synthétiques de "champs visuel polysémique où les connotations plastiques se multiplient à l’infini".
Les éléments non picturaux et graphiques animent la surface du tableau et fait vibrer sa spatialité et sa matérialité. Toute cette syntaxe pictographique est maniée exclusivement par la main sans médiation et intervention de pinceau. Il s'agit d'un monde iconographique personnalisé qui repose sur le primat des matériaux rudimentaires recyclés voire détournés avec spontanéité, sensibilité et générosité.
L’artiste se sert de la technique du collage, de l’effacement, de l’ancrage et de l'empâtement pour exprimer la profondeur, les formes, l'ombre, la lumière, le vide, le plein, la transparence et l’opacité.
Après avoir préparé le fond à l’aide de "sables bruts ", l'artiste mélange la colle blanche et les colorants naturels , associés à de la poussière , de la chaux , du pastel et de la terre afin de donner à voir un médium hybride riche et varié en terme de plasticité et de musicalité visuelle.

Nouveau vocabulaire visuel.

Le carré, les formes rectangulaires, les taches et les graffitis qui s'apparentent à des espaces ouverts, sont autant des éléments plastiques récurrents. Par les matériaux utilisés ainsi que les formes qu'il crée, Khourassani nous fait découvrir un nouveau monde et un nouveau vocabulaire visuel. Ici, on ne « voit » pas. On perçoit pour happer notre état d’être.
Les matériaux naturels sont ici assemblés et maintenus en équilibre. Le contraste entre le clair et l'obscure, signe de vitalité, souligne l’effet de l’altération du temps et la fragilité du monde vivant. En effet, il faudra méditer fréquemment l'élément terne pour maintenir l’équilibre précaire de notre existence effective. Pourtant, en dépit de son caractère éphémère, la terre préserve l’unité de positions grâce à son potentiel énergétique. La cohérence du tout dépend de l'espace qu'il occupe. L’œuvre prend également une dimension originale dont l'axe de référence est notre espace vécu et habité, symbole d'appartenance et d'intégration, qui permet à l'artiste de signifier des notions comme la durée ou la masse, qu’il met en scène pour figurer la loi physique de la profondeur et par extension toutes les lois primordiales de la nature. C'est l’axe tellurique qui renvoie à l’éternité.
L'artiste remplace la peinture par la matière ce qui le rapproche, du point de vue des moyens, de l'art conceptuel. Toutefois, son propos est différent puisqu’il ne s’interroge pas sur le rapport de la trace à son référent. Il entend plutôt manifester une tension entre le naturel et le réel à partir d'un espace abondant où il faut "aller" jusqu’au point situé à "l’infini.
Les traces existentielles constituent la source inépuisable d'inspiration pour ce poète de la matière. Il s'est rendu compte que seules les traces vivantes font rêver contre l'oubli et l'usures du temps. On retrouve ainsi chez cet artiste chercheur cette atmosphère cosmique qu'il évoque à l'aide de la texture en camaïeu et à la détrempe, ce qui donne en quelque sorte l'idée d'une certaine profondeur à ses peintures -réminiscences. Les valeurs chromatiques se côtoient et s'assemblent malgré la dominance de noir, de blanc et d'ocre teinté de couleurs ponctuelles sombres ou claires.
Les motifs sont dotés d'un caractère provocateur proche d'un naturalisme récupéré, rappelant parfois les traces des matiéristes qui créent des dynamiques fortes dans les compositions créatives.

ABDALLAH CHEIKH


 

 

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