Mohamed Mike FANI, Vice-président et fondateur de la Fondation Suisse Maroc pour le Développement Durable (FSMD), raconte comment les Symposiums économiques qu’il a mis sur pied à Genève ont permis d’inciter les Suisses à investir au Maroc. Il explique aussi comment le gouvernement marocain devra poursuivre les efforts pour améliorer encore le climat de l’investissement.
Quel rôle a joué la diaspora marocaine dans l'élaboration de la Fondation Suisse Maroc pour le Développement Durable (FSMD) et du Symposium économique dont la 3e édition vient de se tenir à Genève?
La diaspora marocaine de Suisse joue un rôle important dans les efforts du développement local au Maroc. Son action est remarquable dans les activités d’économie sociale où les associations diasporiques prennent des initiatives seules ou en partenariat avec des mouvements associatifs du Nord.Né au Royaume du Maroc et vivant en Suisse depuis maintenant 30 ans, j'ai conservé des liens étroits avec mon pays d'origine. C’est pourquoi, au cours de mes divers séjours au Maroc, l'idée de créer à Genève la FSMD s'est imposée naturellement. Le projet a d’emblée eu pour but de renforcer la collaboration entre le Maroc et la Suisse du point de vue du développement humain durable, et plus précisément au niveau du transfert de connaissances et de compétences, avec la volonté affichée de créer des emplois au Maroc. Notre credo – «On ne lutte pas contre la pauvreté avec la charité» – résume d’ailleurs bien notre démarche : il faut lutter en donnant à des femmes et à des hommes les moyens de conduire des activités viables sur leur marché, de manière ce qu’ils puissent générer des revenus.
Quels objectifs vous étiez-vous fixés au moment de lancer le 1er Symposium?
Le but était de promouvoir et renforcer le rôle des investissements du secteur privé dans le développement durable, afin de permettre au Maroc de se préparer efficacement à l’avenir. Pour parvenir à mon objectif initial, c’est-à-dire faire de la Fondation Suisse Maroc pour le Développement Durable un réel outil d’aide au développement socio-économique du Maroc, j’ai mobilisé un grand nombre de décideurs et d’investisseurs suisses et internationaux pour les sensibiliser aux possibilités d’investissements qu’offre aujourd’hui le Royaume du Maroc. D’où l’idée d’organiser des Symposiums économiques.
Vos objectifs ont-ils été atteints?
Oui, car un certain nombre d’investissements ont déjà été effectués au Maroc par des personnes ayant participé à nos précédents Symposiums. Ces derniers ont servi de déclic à certains investisseurs qui avaient jusqu’alors été sceptiques à l’idée d’investir au Maroc, ou qui ne savaient tout simplement pas encore dans quel pays ils voulaient s’engager.
Quel regard les hommes d’affaires helvétiques portent-ils sur le Maroc?
Ils sont très timides en matière d’investissement au Maroc. Mais grâce à la mise sur pied des Symposiums économiques que j’ai initiés et organisés à Genève, la FSMD a réussi à captiver l’intérêt d’un très grand nombre d’investisseurs au profit du développement socio-économique du Royaume du Maroc.
Leur perception du Maroc a donc évolué grâce à l'action de la FSMD et des Symposiums?
Tout à fait. La FSMD est devenue un acteur majeur aux yeux des investisseurs et donateurs (suisses et étrangers) en se profilant comme un relais stratégique en matière d’investissements socialement responsables. Grâce à l’implication active de la FSMD, les investisseurs ont aujourd’hui un autre regard sur le Maroc et sont plus confiants.
En revanche, le gouvernement marocain devra poursuivre les efforts pour améliorer le climat de l’investissement, afin d’attirer à la fois les investisseurs nationaux et étrangers. Il devra développer davantage l’intermédiation financière afin de générer une épargne domestique plus conséquente.
De plus, je constate que la mise en œuvre de stratégies de lutte contre la pauvreté plus ambitieuses nécessite une forte augmentation des ressources extérieures, ainsi qu’un effort soutenu au Royaume du Maroc, de manière à générer des recettes intérieures et les canaliser.
C’est-à-dire?
Les investisseurs souhaitent que l’Etat marocain poursuive d’une part les efforts d’amélioration du climat de l’investissement, principalement par la simplification et la modernisation des réglementations économiques, ainsi que par la réduction des risques et des incertitudes affectant leur perception.
D’autre part, il faudrait maintenir la politique actuelle consistant à mettre l’accent sur l’amélioration des infrastructures, en tant qu’élément fondateur de l’optimisation de la compétitivité des entreprises marocaines, et donc de leur attractivité vis-à-vis des investisseurs étrangers.
En clair, si le Maroc est un pays attractif qui offre des opportunités d’investissements variées, les attentes des investisseurs (suisses et internationaux) vis-à-vis du gouvernement marocain sont d’avoir un interlocuteur sérieux et efficace. Il faut veiller à rendre opérationnel le cadre du « Mécanisme de coordination » et à prendre des mesures correctives lorsque c’est nécessaire.
Quel conseil pourriez-vous donner aux Marocains qui chercheraient des appuis financiers et/ou stratégiques en Suisse?
Nous avons souvent constaté que les documents de projets présentés étaient incomplets et que la perspective d’avenir n’était pas clairement définie, voire absente.
C’est pourquoi, avant de soumettre un projet, il faut dans un premier temps s’assurer que celui-ci soit bien ficelé, viable et sérieux et que son approche soit clairement structurée.
La mise en commun des ressources et la présence sur place à long terme sont les conditions pour atteindre un effet optimal. La FSMD soutient les personnes démunies et les régions défavorisées du Royaume du Maroc, dans lesquelles le gouvernement et les autres institutions sociales s’engagent clairement dans la promotion du développement. Chaque projet est divisé en phases dotées d’objectifs précis et s’accompagne de contrôles des progrès réalisés.
Quelle est l'action directement liée au Symposium dont vous êtes le plus fier?
Depuis Genève, notre Fondation a réussi à sensibiliser une organisation basée en Jordanie, afin qu’elle puisse soutenir financièrement un projet pilote « Défense du Droit de la Jeunesse » pour un montant de 3'150'000 Dirhams (280'000 Euros). Le déploiement de ce programme est assuré par une fondation marocaine.
Le rapprochement dans le domaine de la santé promet également de belles perspectives d’avenir, car, lors de la 3e édition du Symposium économique, un accord cadre de coopération a été signé entre les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), la FSMD et les Centres Hospitaliers Universitaires marocains (CHU de Casablanca, Fès, Marrakech et Rabat).
Par ailleurs, des prix d’excellence de la FSMD et de l’OMPI ont permis à diverses sociétés et organisations de faire valoir leur réalisation devant un panel de décideurs internationaux, qui, je l’espère, permettront d’ouvrir des portes pour développer davantage leur projet.
Quel bilan tirez-vous depuis la création de la Fondation?
La FSMD a permis la mise en place de partenariats clés pour assurer la réalisation de divers projets ambitieux liés à ses différents domaines d’activités.
Dans le cadre de sa stratégie de développement durable, la FSMD a adopté une vision qui reflète son intention de contribuer à une économie prospère, à une société dynamique et juste et à un environnement sain pour les générations actuelles et à venir. Notre objectif principal consiste à rassembler les compétences et les personnalités pour sortir les jeunes Marocains de la pauvreté.
D’un point de vue personnel, je suis intimement convaincu que le renouveau et l'efficacité des politiques publiques marocaines passent par la décentralisation et la responsabilisation d'acteurs locaux désormais en mesure d'élaborer des stratégies de développement adaptées aux réalités de leur territoire et de leurs ressources humaines, économiques ou naturelles.
Etes-vous optimiste quant au potentiel de développement du Royaume du Maroc?
Les réformes initiées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dans des domaines tels que l'éducation, le code de la famille ou l'économie, conduisent le Maroc vers un avenir prospère, moderne et démocratique. Le Maroc est le précurseur d'une nouvelle architecture politique et sociale et s'inscrit résolument dans le progrès.
En quoi la Suisse peut-elle contribuer à l’avènement économique du Maroc?
La coopération, le volontarisme et l'estime réciproque que nourissent ces deux Etats qui ont leur importance sur l’échiquier international ne sont pas nouveaux et sont plus que jamais d’actualité. J'en veux pour preuve la mixité des participants présents aux Symposiums économiques que j’ai organisés à travers la FSMD.
Plus concrètement, je dirais que les décisions prises lors des Symposiums économiques sont devenues le principal point de repère de la coopération suisse et internationale en faveur du développement du Royaume du Maroc. Pour renforcer les efforts déployés, il faudrait que le gouvernement marocain puisse mobiliser toutes les ressources et les compétences marocaines de l’étranger pour donner toutes les chances de succès à ces actions.
Dans cette optique, la diaspora peut-elle jouer un rôle?
L’implication des compétences de la diaspora marocaine ne pourra être engagée sérieusement sur du long terme que si un interlocuteur fiable est désigné par les hautes instances dirigeantes marocaines. Cela permettrait de garantir une bonne gouvernance grâce à des mesures appropriées, et d’assurer un suivi rigoureux pour réussir efficacement le processus de développement.
La formule du Symposium va-t-elle évoluer ces prochaines années?
Le prochain Symposium économique prendra en compte l’impact des changements climatiques dans les programmes d’aide aux infrastructures, et prévoira notamment le transfert des nouvelles technologies en matière d’adaptation aux changements du climat et de gestion des risques liés au climat. Le contexte d’une économie en perpétuelle mutation, marquée par des soubresauts parfois inattendus, nous incite également à faire évoluer la formule, mais il est actuellement trop tôt pour se prononcer.
MAP